Etre hors norme dans cette société.

Tout d'abord, je voudrais préciser que j'écris cet article pour exposer des faits, je n'ai pas besoin qu'on me rappelle qu'une alimentation équilibrée et du sport amélioreraient ma vie. Je n'ai pas besoin qu'on me rappelle ma condition de personne qui ne prend pas soin d'elle et de sa santé. L'idée de cet article est de vous mettre dans mes bottes, vous faire partager ce que je ressens au quotidien. Pas dans le but de vous culpabiliser, parce que je ne cible personne en particulier. Mais pour informer, parce que c'est quelque chose que l'on fait assez peu, et je pense que quelques petites choses gagneraient à être améliorées. Pareil, je ne parle qu'en mon nom, ne faites pas de ce que je ressens une généralité. Si d'autres se retrouvent dans mon discours, tant mieux si j'ose dire, mais le but c'est vraiment de vous faire partager mon expérience. Je sais que je peux dire ce que je veux, que les rageux n'en finiront pas de rager, mais voilà, vous êtes prévenus.

Samedi soir je me suis retrouvée dans une situation qui, je dois l'admettre, m'arrive de plus en plus fréquemment. J'ai donc eu l'idée de cet article, parce que je trouve que l'on aborde assez peu le sujet, et surtout le point de vue.

Pour commencer, je dois vous parler de moi, et donc vous avouer quelque chose. Je suis obèse. Comme beaucoup dans mon cas, je n'aime pas ce mot, mais autant l'utiliser afin que ça soit clair pour tout le monde. Je suis donc l'heureuse détentrice d'un IMC hors norme. Comme je le disais tout à l'heure, je n'ai pas besoin qu'on me fasse la morale, parce que c'est ça qui est génial avec cette situation, c'est que tout nous rappelle que nous sommes hors norme. Pour vous donner une idée, je vais vous dépeindre un peu mon quotidien.

Je ne vais pas y aller par 4 chemins, mon quotidien, c'est la honte. Partout, tout le temps. J'ai horriblement honte de ce que je suis. Je ne détaillerais pas le pourquoi exactement, mais ce sentiment est mon compagnon quotidien. Ça et la peur. La peur quand je dois sortir, la peur du regard des gens, des remarques, mais surtout des situations.

J'ai peur de sortir. Déjà, je ne sors presque jamais sans être maquillée. Tout simplement parce que je ne veux pas de ce cliché de « grosse qui se néglige » Attention, je n'attaque personne, celles qui ne se maquillent pas et à qui ça ne pose pas de problème, je suis admirative. Pour moi c'est juste que je me sens déjà tellement dégueulasse, que je me dois d'essayer d'améliorer un tant soit peu la chose, par respect pour les gens. Oui, j'ai conscience que c'est un souci que j'ai moi avec moi-même, personne ne m'a jamais fait de remarque. Mais voilà, je n'arrive pas à faire sans. Donc déjà, la honte est là.

Elle est aussi présente lorsque je vais faire les boutiques. Parce que je vois un tas de jolies choses que je ne pourrais sans doute jamais mettre.
  
 (oui, slip Batman, je parle de toi ! )

Et ça fait mal. La mode grande taille se développe, mais la majorité des choses sont encore informes je trouve. J'ai plus l'impression qu'on essaie de couvrir le corps plus que de mettre en valeur, de sublimer. Parce que oui, même si certains ne comprennent pas l’intérêt, j'aimerais qu'on aide les gens a s'accepter, ne serait-ce qu'à travers des vêtements. S'accepter, ce n'est pas s'assumer et se revendiquer, c'est surtout faire avec ce qu'on a, et ne plus le détester. Ça n'empêcherait en rien un travail sur soi, une perte de poids pour mieux s'apprécier, mais ça aiderait des gens à mieux vivre en fait.
Plus concrètement, moi par exemple, je sais que je ne perdrais pas de poids avant un moment. Parce qu'on à pas de baguette magique, parce que je suis faite comme ça, je perds difficilement. Donc en attendant, il faut bien que je fasse avec ce corps. Donc lui trouver des qualités, des choses qui ne sont pas si terribles, ça me ferait du bien en fait. Apprendre à relativiser son corps, ça serait quand même plus facile avec des vêtements bien coupés, qui ne ressemblent pas à une bâche que l'on jette sur un tracteur pour le couvrir, parce qu'il faut bien. Et je ne vous parle même pas de trouver des sous-vêtements, en particulier des soutien-gorges qui ne soient pas vieillots ou d'allaitement. Et surtout qui ne coûtent pas un bras. Je rêve et bave devant les boutiques de lingeries, ou je vois de fort belles choses en dentelle, en satin, pour pas très cher, parfois pas de bonne qualité, mais vu le prix, on peut en acheter plusieurs et alterner. Et moi je dois attendre d'avoir les moyens d'acheter un soutien-gorge à ma taille, parce que pour l'instant avec 50€, je m’achète à manger. Tant pis pour mon dos. Je crois que c'est ce qui m'énerve le plus, qui me rappelle le plus que mon « état » n'est pas normal et est censé être passager. Je ne vois que cette explication à ce manque de choix et de choses bon marché. Je ne pense pas que ça soit trop demandé que l'on puisse s'habiller convenablement. J'ai beaucoup de mal avec le discours selon lequel avoir des vêtements bien coupés, ça nous pousserait à rester comme on est. On voit bien que ce genre de personne n'a jamais été obèse. Parce qu'au-delà des vêtements, il y a le monde extérieur.

Comme je le disais tout à l'heure, quand je sors je crains le regard des autres, les remarques mais aussi les situations. Par situation, j'entends le type d'endroit où je vais devoir aller. En fait, la question récurrente quand je sors, c'est de savoir si je vais « passer ». Vous savez tous ces interstices entre les tables des restos, entre les banquettes et les tables, entre le mur et le lampadaire dans la rue… Ça peut paraître idiot dit comme ça, mais c'est tout un rituel de calcul entre moi et mon amie la honte à chaque sortie. Et je vais vous dire, ce que je déteste le plus quand je sors, ce sont les chaises à accoudoir. Je pense sincèrement qu'il faudrait les bannir. 


Il y en a partout, dans les terrasses des cafés, dans les restos, dans les sales d'attentes… Et se rendre compte qu'on est trop large pour s’asseoir, franchement, je ne souhaite ça à personne. Ce sentiment de honte, cette envie de disparaître, c'est affreux. On vit déjà dans une société qui n'est pas faite pour les obèses, tout nous rappelle que notre corps n'est pas un état normal, alors si on pouvait éviter les humiliations de ce genre, ça serait bien. Mais ça m'est arrivé samedi.

Samedi donc, je suis donc sortie au restaurant avec des amis. On a choisi l'endroit au hasard, et une fois dirigé vers notre table, j'ai grimacé. Des chaises à accoudoir. J'ai fait bonne figure, je me suis assise et là, honnêtement, j'ai retenu mes larmes. J'ai pu m'asseoir, mais au bord de la chaise et les accoudoirs me comprimant les cuisses. J'ai demandé gentiment au serveur s'ils n'avaient pas d'autres chaises et j'ai vu que je le prenais au dépourvu. Je crois qu'il n'avait jamais rencontré ce genre de problème, et du coup, il m'a prise un peu de haut. J'ai gardé le sourire, ravalé mes larmes et j'ai laissé passer le repas. Autant dire que je ne retournerai pas dans ce restaurant, mais surtout que j'ai envie de hurler. Parce que c'est injuste. Oui, mon poids et ma morphologie ne sont dû qu'à moi. Mais je n'en reste pas moins un être humain et j'ai le droit à la compassion, au respect, j'ai le droit d'être à l'aise. Je devrais avoir le droit de pouvoir m'asseoir et de sentir mes pieds à la fin du repas. De ne pas avoir la marque des accoudoirs imprimées sur les hanches. Sauf que le changement est compliqué. Parce que personne n'en prend conscience à moins de le vivre. Et puis ça demanderait de lever des fonds assez conséquents. Je ne parle pas de faire des chaises spéciales ou quoi. Ça renforcerait la stigmatisation. Mais juste des putains de chaises sans accoudoirs, pour tout le monde, histoire qu'on puisse s'asseoir comme les autres, attendre chez le médecin, aller boire un verre, aller au ciné…

C'est ça le plus triste en fait, la double peine de la personne obèse. Je rejette ce corps qui est trop lourd, trop encombrant, mais je dois faire avec, parce qu'il est là. Mais je ne peux pas, parce que rien n'est adapté à lui. Alors je fais quoi ? Je reste chez moi et je fais comme d'habitude, je compense la solitude et la tristesse en mangeant et en devenant encore plus hors norme ? C'est ça la solution ? Et je laisse les gens me jeter des cailloux parce que j'ai des vilains troubles du comportement alimentaire ? Que je ne prends pas soin de moi, que je me pourris la santé ?

J'aimerais que cet article fasse un peu prendre conscience de la difficulté d'être hors normes dans la société actuelle. Et je ne parle même pas des personnes en situation de handicap. Mais juste, si on pouvait se rendre compte de ce que c'est et montrer un peu d'indulgence, ça serait toujours ça de gagné. ♥

Qu'est-ce que vous en dites ?

Commentaires

  1. Bravo pour cet article !
    J'ai une personne de mon entourage que j'ai connu obèse, et comme toi il en retient surtout la honte quotidienne qu'il devait supporter.
    Cette phrase où tu parles de ton corps m'a particulièrement touchée : "Lui trouver des qualités, des choses qui ne sont pas si terribles, ça me ferait du bien en fait." Je trouve cette phrase très poignante.
    J'ai toujours du mal à trouver les bons mots pour commenter les articles aussi personnels, et pourtant ce sont ceux qui me touchent le plus. Mais je tiens, avec ce commentaire, à te féliciter d'avoir écrit cet article !
    Belle soirée :)

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    1. Merci ! Vraiment, ça me touche. ♥ J'ai un peu de mal à assumer le fait de m'être autant livrée, mais j'essaie, parce que je sais que c'est important. Ton commentaire m’encourage en tout cas. Merci encore ! ♥

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