Ces choses que je ne gère pas : 1. Le silence

Me revoilà après une longue absence, avec l'envie d'ouvrir une nouvelle rubrique de racontage de vie. Et quoi de mieux que le blog pour partager des trucs intimes, me direz-vous. Ben oui, je suis comme ça, j'aime étaler ma vie sur internet (comme la plupart des gens en fait). 

Bref, dans ma vie, il y a un grand nombre de trucs que je ne gère pas. Pour être honnête, il serait bien plus simple de compter le nombre de trucs que je gère. Mais voilà, comme je suis assez perdue, au point de ne plus savoir qui je suis et ce que je fout là - questions auxquelles j'ai bon espoir de répondre un jour - j'ai eu envie de faire le point sur ces choses que je ne gère pas, histoire de bien creuser, mais surtout de me les réapproprier, de me reconnecter avec moi-même. Oui, ça paraît un peu chiant dit comme ça, mais en fait, pas tellement. Le fait est que j'ai l'habitude de tout enterrer sous le tapis, de ne pas traiter ce que je ressens, ce qui fait que je suis capable de rire en racontant la façon dont on me battait enfant. Et j'ai besoin d'avancer. Je dois traiter ces choses, je dois me retrouver.

J'ouvre cette rubrique avec le silence. 

J'aurais tout aussi bien mettre l'ignorance, ou la solitude, parce que c'est de ça dont il s'agit, mais je ne sais pas, le silence me semble plus approprié.
 Je ne suis pas quelqu'un qui parle beaucoup. Déjà parce que j'ai aucune confiance en moi, mais aussi parce que j'ai une relation un peu étrange avec la parole. Je ne parle pas, parce que ça serait m'affirmer, ça serait dire "je" et donc compter un tant soit peu en tant qu'être humain, avoir une existence tangible, palpable, assumer mes opinions, mes choix et je ne peux pas, je ne me considère pas comme ça. Je suis un objet, un objet n'a pas d'opinion, pas d'envie, de désir, ça ne vit pas un objet. 

Bon, je ne dis pas que je ne parle jamais, ça m'arrive quand même, mais je n'aime pas parler pour rien dire. Il faut que ça soit entendu, que ça ait un effet, je ne lancerais jamais des paroles en l'air, je pense toujours ce que je dis. À l'écrit, c'est différent, je peux y réfléchir, je peux choisir mes mots avec soin, me relire, et puis ça me semble aussi plus naturel, je dois l'avouer. 
Mais oui, je ne parle pas beaucoup. Dans un groupe, ou dans une soirée, je suis celle qui observe, qui écoute, mais qu'on ne remarque pas. Je sais donc plein de choses sans que personne ne sache rien de moi. Les gens viennent souvent me parler d'ailleurs, j'ai une sacrée capacité d'écoute, sans doute pour ça que je voulais être psychologue. 

Tout ça pour dire que si le silence est un peu ma seconde nature, je ne le supporte pas chez les autres. J'ai beaucoup de mal quand il y a des blancs dans une conversation, parce que j'ai tout de suite peur qu'on me juge inintéressante, où qu'on s'en rende compte, j'ai peur d'avoir dit un truc qui ne fallait pas, ou d'être inadaptée tout simplement. Je crois que ça vient du fait que gamine, quand j'appelais mon père au téléphone, et qu'il y avait le malheur d'avoir un blanc, il me raccrochait au nez. Parce qu'il ne supportait pas ça, il pensait qu'on avait (plus) rien à lui dire donc il ne voyait pas l'intérêt de rester à écouter.



Déjà que mon père n'est pas la personne la plus accessible du monde, je veux dire, je n'ai jamais eu la moindre idée de ce dont je pourrais bien parler avec lui, ça ne m'a pas rendu les choses hyper simples. Avec mon autre parent, la communication ce n'était pas ça non plus. Il y a eu des moments où on a été super liées, où on parlait tout le temps, et d'autres ou je n'avais plus aucunes nouvelles. Mais genre, plus rien, plus de son, plus de lumière. Un bon gros néant bien dégueulasse. Je me souviens d'une fois où j'avais fait je ne sais plus quelle connerie (à ses yeux hein) et où elle avait décidé de ne plus m'adresser la parole et de me renvoyer chez mon père. J'ai passé la nuit à pleurer, à supplier, jusque dans mon sommeil, et pour toute réponse, je n'ai eu que des moqueries le lendemain matin, mais même pas adressées directement à moi en plus, elle s'adressait à son mari il me semble. 

En fait, ça a toujours été comme ça, aussi loin que je me souvienne, on a alterné les périodes on on a été super proches et d'autres de rien, plus ou moins longs suivant ma faute (parce que oui, c'est toujours ma faute). Pour tout vous dire, aujourd'hui, ça fait exactement 3 ans, 10 mois et 25 jours que je n'ai pas parlé à ma mère. Que je n'ai pas entendu le son de sa voix. Et ça fait 4 ans que je ne l'ai pas vue. Pour une connerie que j'ai sois disant fait, dont je ne me souviens pas, et dont je n'ai aucune envie de m'excuser donc. Parce que j'en ai ras le bol de devoir m'excuser pour des trucs dont je ne me souviens pas, parce que ça ne changera rien, dans 6 mois on recommence et que je suis fatiguée de ce fonctionnement.

Ma mère, vue d'artiste
Sauf que dans le fond, j'attends. Parce qu'elle me manque. Elle a beau me faire hyper mal, ça reste ma maman. Je me sens abandonnée, pas assez bien pour être aimée, bonne à jeter, et très franchement, j'en peux plus. Je trouve ça affreux de me dire que c'est celle qui m'a donné la vie qui me fait me sentir comme ça. Mais comme une andouille, j'attends, un signe, une illumination, un peu d'amour. 

Je foire toutes mes relations, parce que mes relations de bases n'ont pas été saines du tout. Le moindre silence de mes amis me rappelle tout ça, et j'ai beaucoup (beaucoup) de mal à le vivre. SI on ne me répond pas, si je me fais ghoster, je vais direct me dire que la personne s'est enfin rendue compte d'à quel point je suis nulle, et a décidé que je n'en valait pas la peine. C'est à tel point que j'en viens à douter de la sincérité des personnes qui m'adressent encore la parole, qui sont encore là. Dans mon monde, ça n'a aucune logique. 

Je ne gère pas le silence parce que je le prends directement pour moi, parce que je suis coupable de naissance. Je suis coupable d'être née. J'ai intégré le fait de ne pas être digne d'intérêt, le fait qu'on puisse ignorer mon existence comme ça, parce qu'on en a envie. C'est pourquoi la première explication que je trouve au silence, c'est que j'ai forcément fait quelque chose de mal. Ça vient forcément de moi, parce que dans le silence, c'est la seule explication que j'ai pu trouver. C'est humain de chercher des réponses, et la mienne c'est ça. Ça vient de moi. 

Donc je vis mal le silence et j'ai tendance à me sentir abandonnée très (trop) souvent. Mais j'essaie de déconstruire ça. J'essaie de me rendre compte que quand je me sens mal parce qu'on ne me parle plus, ce n'est pas la personne qui est en cause, c'est parce que ça réveille des souvenirs qui n'ont rien à voir avec la situation actuelle. J'essaie aussi de me rappeler que dans toute relation, je ne suis pas seule, et donc, pas seule fautive. Si j'ai des tords, je ne les ai pas tous non plus. C'est long, ça ne fonctionne pas toujours, mais j'ose espérer que ça finira par porter ses fruits. Que je vais arriver à me dire que la personne est occupée, n'a pas eu le temps de me répondre plutôt que de décortiquer la conversation pour voir où j'ai merdé. Je sais aussi que je devrais sans doute en parler, histoire que mes potes soient au courant, et essaient autant que possible de me donner l'explication de leurs silences, quels qu'ils soient. Parce que même si sur le moment, il est possible que je ne les croit pas, l'idée fera son chemin à un moment. J'espère un jour, me débarrasser de ces pensées réflexes, et arriver à admettre que les parents sont des humains comme les autres et donc faillibles. Que ça ne veux pas dire que c'est moi qui suit forcément bonne à jeter. Le chemin sera long, mais j'y crois. Je n'ai pas le choix.

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