Quand le shopping se revèle douloureux.

Ce n'est un secret pour personne, si vous me suivez : je suis grosse. Et en plus, je n'aime pas mon corps. Ouais, je cumule. Mais bon, en attendant, il faut bien que je continue à vivre, et à m'habiller.

Donc, une fois n'est pas coutume, j'ai eu besoin de fringues. Ni une, ni deux, j'ai saisi mon ordi, je me suis posée sur le canapé, avec un thé et ma CB, prête à trouver le saint Graal (en l'occurrence, des culottes, si vous voulez tout savoir).  

J'écume les boutiques en ligne parce que j'ai depuis bien longtemps abandonné l'idée de trouver des trucs sympas à ma taille, dans des boutiques physiques. Enfin, si, dans certaines, j'y parviens, mais j'ai beaucoup de mal avec le fait d'être reléguée à un pan de mur au fond du magasin (parce que quand même, on ne va pas mettre le rayon grande taille en évidence, ça fait tâche, et puis l'avantage de le mettre si loin, c'est que ça va nous faire marcher ! ).

Bref, je fais le tour des vitrines habituelles, en me disant que je vais être raisonnable, et surtout, que je vais bien regarder, parce que j'en ai assez de trouver des choses jolies sur les photos, mais affreuses sur moi. Je sais ce qui me va, ce qui ne me va pas, donc me voilà, armée de ma confiance et de mon bout de plastique magique, prête à faire mes emplettes. 


Alors, j'ai vu beaucoup de choses : des trucs moches pour beaucoup, des trucs jolis en photos, mais sans doute moins en vrai, des trucs jolis de forme mais dans une mauvaise couleur, mais surtout, des photos retouchées. Alors bon, je sais que c'est pas nouveau, que des images de femmes minces, c'est plus vendeur, mais bon sang, c'est pas un crime de vouloir voir comment le vêtement pourrait tomber sur un corps différent

Et rien que de l'écrire comme ça, ça me gêne. 

Parce que c'est cautionner l'idée d'un corps normal, et le fait ce dernier soit celui dont on nous mitraille à longueur de temps: une femme blanche, mince, sans cellulite, ni capitons, sans rougeurs ni poil, maquillée, élancée et j'en passe. 

Une barbie quoi.

Alors ouais, clairement, j'enfonce une porte ouverte, je le sais bien. D'ailleurs, les mecs ne sont pas en reste, je le sais bien, on leur balance des corps musclés, grands, enfin, aucune diversité non plus. 

Mais finalement, c'est un fait qu'on a intégré, qu'on remarque à peine maintenant. Enfin, ça ne m'a pas plus indignée que ça de prime abord. Mais quand j'ai commencé à chercher ce dont j'avais vraiment besoin à la base (des culottes donc, pour celleux qui seraient perdu.e.s), j'ai pris une claque.

Déjà, il faut savoir que quand on fait ma taille, voir plus, on ne nous propose que des trucs taille haute. Et des culottes aussi, parce que bon, 'faut pas déconner, cachez-moi ce gras que je ne saurais voir. Et le plus humiliant dans tout ça, c'est que les modèles nous sont présentés sur des photos de femmes qui sont un 38 à tout casser, avec un ventre aussi plat que ma carte bancaire. Ou comment nous renvoyer une fois de plus que nos corps sont trop affreux pour être montrés. 

Je sais bien que c'est partout pareil pas seulement en grande taille, le fait est que j'ai refermé l'ordi et je me suis recroquevillée sur le canapé, honteuse. Alors oui, je sais que si j'écoute certains, j'ai raison d'avoir honte, j'ai un corps dégueulasse, qu'il faut cacher, je suis un danger pour les enfants qui vont vouloir m'imiter, et je suis surement en mauvaise santé, je connais la chanson. 

Mais je sais que je ne suis pas la seule à me sentir aussi mal après une séance de shopping. Combien d'entre nous se sont sentis moches, gros.ses, informes, après des essais en cabines ? Avec ces éclairages affreux qui font ressortir les cernes, les rougeurs, et les quinze miroirs qui ne nous cachent rien de nos défauts ? Et le fait de voir qu'on ne rentre pas dans des vêtements qui sont pourtant affichés à notre taille habituelle ? Comment est-ce qu'on supporte ça encore ? Le pourquoi, je le sais, il faut bien qu'on s'habille, mais doit-on souffrir comme ça pour autant ? 

La chaîne Arte à diffusé un documentaire sur le sujet d'ailleurs, démontrant que ces pratiques commerciales avaient des effets désastreux sur l'estime de soi et la santé des plus jeunes (des plus vieux aussi, mais le plus choquant à mon sens, c'est de voir la propension d'enfants impactés par ça). 

Je n'ai pas de solution miracle. Je sais que je ne peux pas changer tout ce qui m'indigne, je continuerais à acheter de temps en temps, parce qu'il le faut bien (si je savais coudre, j'arrêterai je pense). Mais je m'efforcerais de me rappeler que ce n'est pas moi qui suis hideuse, mais la société (le système si je reprends les paroles de certains de nos politiques), qui me fait me sentir ainsi pour me pousser à consommer des régimes, des abonnements en salle de sports, tout un tas de trucs dont je n'ai pas besoin pour me sentir bien. 

Oui, je vais continuer à râler parce que je ne trouve rien de joli dans la mode grande taille, même si je reconnais les efforts qui sont faits, parce que les avancées sont lentes, et que j'estime avoir le droit de me vêtir comme j'ai envie. Mais surtout parce que je suis en droit de vouloir voir comment tombent les vêtements que je veux acheter. Parce que j'en ai assez de gaspiller de temps et de l'argent pour des choses que je vais porter une fois, pour essayer et que je ne pourrais pas renvoyer parce que les frais de ports sont à ma charge.

Bref, je vous laisse avec le documentaire  d'Arte en question, prenez le temps de le regarder, et rappelez-vous que qu'importe comment vous êtes foutus, vous êtes magnifiques. ♥



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