Vendredi 13 Novembre 2015

Je me demandais si j'allais faire un article sur le sujet. Parce qu'il y en a eu beaucoup, parce que je doute que ce que j'ai à en dire soit pertinent. J'ai décidé de sauter le pas parce que je me suis rendue compte que j'avais besoin de m'exprimer. De mettre des mots sur ce que je ressentais, ce que je pensais. Et que finalement, je ne vois pas pourquoi ma voix compterai moins qu'une autre. 




J'ai une manière particulière de réagir aux chocs. Je réagis de deux manières simultanément, c'est-à-dire qu'une partie de moi y crois, et une autre non. Il m'arrive de penser que ce n'est qu'un cauchemar avant de me rappeler que non, ça s'est bien produit. Je fonctionne comme ça vraiment pour tout, par exemple, quand je me brouille avec des amis, j'ai tendance à vouloir les appeler pour donner des nouvelles avant de me rappeler qu'on ne se parle plus, ou a vouloir demander des nouvelles d'un proche avant de me rappeler qu'il est décédé… 

C'est la raison pour laquelle, quand j'ai appris la nouvelle, je n'ai pas eu de réaction, parce que je n'y ai pas cru. Je ne me suis pas dit que c'était une blague pas drôle ou quoi, j'ai juste occulté l'information, comme si je ne l'avais jamais lue. J'ai trouvé ça un peu bizarre de dire ça, mais ça ne m'a pas marqué, je ne me suis pas plus posé de questions que ça. Quand je l'ai lu une deuxième fois, j'ai commencé à me demander ce qu'il se passait, et j'ai allumé ma télé. Aussi longtemps que je restais devant les chaînes d'informations en continu, je me rendais compte que c'était réel, que ça se passait vraiment. Mais une fois la télé éteinte, le déni reprenais le dessus, et il était pour moi impossible que ça se soit passé, je ne comprenais pas de quoi les gens parlaient. J'étais dans le brouillard. Je me suis donc forcée à rester devant les chaînes de télé, pour me faire prendre conscience que non, c'était pas un cauchemar, que c'était bien réel. 




Malgré le fait que ces chaînes m'aient servi à prendre conscience des ces attentats, je ne les supporte pas. Je ne suis pas en accord avec le traitement médiatique de ces événements. Effet pervers parce que j'étais « bien contente » d'être au courant de ce qu'il se passait, mais voir les choses, en direct, en entendant les journalistes poser des questions, en les entendant être à la recherche du moindre truc « croustillant » m'a rendu malade. Cette perversité que j'avais déjà remarqué en Janvier pour Charlie. Le fait de demander aux gens où ils étaient cachés, de donner la position des forces de l'ordre, de montrer des images violentes. Tout comme je ne comprends pas les gens qui ont éprouvé le besoin de filmer ou de prendre des photos. Toutes ces vidéos amateur, je ne comprends pas. Je me doute que certaines, c'est pour pouvoir se rejouer la scène, se rappeler que c'est bien réel, mais une partie de moi ne comprends pas. C'est à double tranchant en fait, parce que d'un coté, les images m'ont aidé à en prendre conscience, mais d'un autre, c'était affreusement pervers. 

Une autre chose qui me gène aussi depuis vendredi, ce sont tout les gens moralisateurs que ces attentats ont fait émerger. La magie de réseaux sociaux, c'est de voir comment tes proches réagissent à ce genre de choses. Et généralement, tu n'es pas déçu (ceci est très ironique). Il y a les personnes qui nous rappellent que des attentas, il y en a malheureusement tous les jours, et partout et que vendredi, il n'y a pas eu que Paris. Alors oui, je veux bien. Mais combien de ces personnes qui nous font la morale en parlent de ces attentas dans les autres pays en temps normal ? Je suis d'accord sur le fond, il est triste que cet élan mondial si je puis dire, n'ai été que pour Paris. Par contre, je n'accepte pas le ton moralisateur et cette injonction à ne pas pleurer pour nos morts de Paris, parce qu'il y a pire ailleurs. Ce n'est pas un (putain de) concours, et il est normal que ça nous choque quand ça frappe notre pays. Des gens que nous connaissons. Surtout que c'est malheureux, mais on entends tous les jours dans les médias des drames, des attentas dans les autres pays et franchement, c'est horrible ce que je vais dire, mais c'est devenu banal. Et c'est loin de nous, ça arrive à des gens que nous ne connaissons pas. Il est donc difficile de se rendre compte de ce qu'il se passe. Après, certain y arrivent, tant mieux pour eux si je puis dire, mais ce n'est pas la peine de réprimander les autres. 

Il y a aussi des gens qui font ressortir leurs penchants racistes, et qui commencent déjà à faire des amalgames. Ou qui nous font partager leurs fabuleuses idées pour changer la donne. Je trouve ça déplacé. On est pas des enfants à qui ont peut dire « nan mais fallait s'y attendre, tu aurais fait ça, ça et ça, ça ne se serai pas passé comme ça. » . Les « on devrais mettre tous les migrants dehors, tous les étrangers et rester entre nous » Juste stop. Des personnes ont perdu leurs proches. D'où vous vous permettez de mettre tous les gens dans le même sac, ou de donner des conseils ? Pour qui vous vous prenez ? Je vais faire un parallèle foireux, mais quand une femme se fait agresser et à peur des hommes, vous lui dites qu'ils ne sont pas tous pareil, qu'il ne faut pas généraliser. Pourquoi le faire avec des étrangers ? Pourquoi vous généralisez alors que vous estimez être différent de votre voisin ? Pourquoi eux n'auraient pas ce droit ? Bref, cessez vos prêches qui ne mènent à rien et réfléchissez s'il vous plaît. 




En fait, c'est là que je me rends compte qu'on est bien tous français, il a toujours un truc pour râler. Rien que la photo de profil bleu blanc rouge sur Facebook, la mettre c'est risquer de se faire traiter d’extrémiste, tout ça parce que certaines personnes ont récupéré la chose. Mais sinon, si vous laissiez les gens faire ce qu'ils veulent ? Arrêtez de leur prêter des intentions qu'ils n'ont peut être pas. Et oui, il y a une différence entre ne pas comprendre et juger. Personnellement, je l'ai mise parce que j'en ressentait le besoin, parce que je voulais exprimer mon soutien. Pas parce que j'aime mon pays et que je ne me préoccupe que des morts de Paris. Et puis en fait, ça me regarde, j'ai eu envie de la mettre, je vois pas en quoi je suis sensé me justifier. 

Tout ce que je retire de ces horreurs, c'est qu'il y a beaucoup de boulot. Pour informer, pour apprendre à ne pas juger, pour vivre. Parce que mine de rien, le plus important n'est pas la réaction des gens, mais le fait que ça peut arriver n'importe où, n'importe quand. J'ai du mal avec les gens qui prônent à tout prix le retour à la normale, le « on a pas peur ». Je le comprends, je sais que c'est pas forcément pensé, que c'est pour aider, motiver. Mais je ne suis pas prête. Moi j'ai peur. Et on pourra me dire ce qu'on voudra, ça ne changera rien. Je ne veux pas la renier, je veux faire avec. C'est pour ça que j'ai du mal avec les discours aujourd'hui. Je ne suis pas pour qu'on ai plus peur. Je suis pour qu'on se rende compte des choses, qu'on oublie pas, mais qu'on essaie de faire avec. J'ai vraiment du mal avec les « #not afraid » parce que je trouve ça dangereux. Ne pas avoir peur, c'est faire comme si de rien n'était, c'est oublier qu'on est en guerre, et alors, au moindre choc, on sera tous de nouveau sous le choc. Je ne dit pas que la peur évite le danger, mais je sais que je ne veux pas oublier. Je ne dois pas oublier.

Commentaires

  1. Je comprends ce que tu ressens.
    Enfin, je ne l'ai pas vécu exactement de la même façon, parce que moi, je l'ai plutôt pris dans le genre "grosse baffe dans ma gueule". Je me suis réveillée à 5h du matin avec des notifications facebook me disant que certains de mes amis étaient bien en sécurité, ma première réaction, tête dans le cul a été "C'est quoi ce bordel ?! Ben, heureusement encore qu'ils sont en sécurité, pourquoi ça ne serait pas le cas ?!".
    Et j'ai essayé de me rendormir, puis ça a commencé à me trotter dans la tête ces notifications, et j'ai été voir sur Facebook pourquoi ils mettaient ça, et là, j'ai lu "Attentat terroriste à Paris", et là BAM.

    Je me suis levée, j'ai demandé à Nicolas s'il était au courant (il se préparait à aller au McDo), et on a allumé la télé, et là, deuxième grosse baffe. C'est vraiment arrivé. Il y a réellement une raison de pourquoi mes amis ont jugé important de se dire en sécurité, parce qu'ils ne l'étaient pas forcément...
    J'ai pleuré, paniqué, en me disant que ça y est, ils avaient réussi, parce qu'on savait que des attentats avaient été déjoués auparavant. Mais là, ils avaient réussi. Ils avaient attaqué des gens qui vivaient en plus, enfin, dans le sens qu'ils profitaient de la vie. Merde, quoi.

    Je me suis demandée s'il fallait réellement que j'aille au travail, parce que j'étais trop choquée, trop assommée pour m'en sentir capable, d'autant plus que je travaille dans un des centres commerciaux les plus grands d'Europe, "connu" à Lyon pour être sûrement la cible d'attentat si jamais il devait y en avoir un.
    J'ai fini par y aller, en me disant que je ne pouvais pas me permettre de me passer de 9h de salaire, mais l'envie n'y était pas, et j'ai été un zombie pendant toute la journée.

    Les jours suivants aussi, d'ailleurs.

    J'avoue que quand les photos en Bleu blanc rouge sont arrivées, ça m'a un peu blasé, enfin pas blasé, plutôt attristé, enfin je ne sais pas comment l'expliquer, parce que je n'ai jamais jugé les personnes qui les mettaient, mais ça me faisait un petit quelque chose quand même. Parce que je me suis dit que ça donnait l'impression que ça n'était jamais arrivé avant, alors qu'on avait déjà eu Charlie, et que surtout, oui, il y en ailleurs des attentats comme ça, et on n'est pas aussi choqué. Mais plus que les photos de profil et les #prayforparis (puisque quand même, je comprends, et je me suis trouvée hypocrite de penser ce que j'ai dit avant),ce qui m'a attristé, c'est le nombre de pays qui nous ont fait un hommage, mais qui n'ont rien fait quand quelques jours plus tard, un attentat avec prises d'otages (qui a quand même duré 9 heures) a été commis au Mali. Je l'ai vécu comme une réelle hiérarchisation des pays. La France est assez importante pour qu'on lui fasse un hommage, mais le Mali, non ?

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    1. C'est pour ça que plus que d'entendre la Marseillaise ou de voir le drapeau Français partout, j'avais et ai toujours l'envie d'un hymne à l'humanité, qu'on soit tous contre cette barbarie, et qu'on arrive un jour a tous s'aimer, parce qu'on vient tous des mêmes ancêtres au fond.

      Toutes les images, les photos m'ont écœuré, genre les photos des corps au Bataclan, comme si quelqu'un avait besoin de voir ça, surtout publiées sur facebook en mode chasse au likes "si vous n'aimez pas cette photo, c'est que vous n'avez pas de coeur" SÉRIEUSEMENT ?!
      Je n’ai pas eu trop affaire aux amalgames sur les réseaux sociaux (sachant que dans des moments comme ça, j’ai plutôt tendance à les éviter, par peur de perdre ma foi en l’humanité), mais juste, je me doute que pas mal de personnes en font et ça me rend malade (comme le coup de pouce que ça donne au FN…)…
      Par contre, je comprends le tag #notafraid parce que dans un sens, je trouve qu'on en a besoin. Par exemple, ici, la fête des lumières a été annulée avec l'état d'urgence, et dans un sens, je comprends que ce soit annulé parce que niveau sécurité, ça aurait été chaud (l'année dernière, je suis restée coincée dans un bouchon humain durant 3 bons 1/4 d'heures), il aurait suffi d'un mouvement de foule pour que ce soit le chaos, sans parler même de potentiels attentats. Mais à côté de ça, j’ai l’impression qu’on a cédé à la panique, et que comme c’est ce qu’ils veulent en partie, semer la terreur, ben ils ont réussi… Je pense qu’on a tous besoin, sans vouloir oublier, et peut-être même plus encore pour rendre hommage à des gens qui comme je le disais, profitaient seulement de leur vie, de continuer à profiter de la nôtre. De se dire qu’on peut continuer à aller voir des concerts, à se balader, à aller boire des verres, à sortir, à rire, puisqu’on risquerait de réellement sombrer sinon. Et je pense que c’est encore plus le cas pour les Parisiens, puisque c’est en quelque sorte les Parisiens qui représentent cette vie à la Française qu’on voit comme légère, pleine de vie.

      Une dernière chose qui m’est venu à l’esprit ces derniers jours, c’est l’âge des terroristes, ils ont en moyenne notre âge, et ça me désole. Je me demande tellement qu’est-ce qui va si mal chez eux pour les pousser à commettre de tels actes ? C’est peut-être naïf, mais je n’arrive pas à concevoir que ça vienne comme ça. Ce qui me pousse encore plus dans l’esprit de « Merde, il faut qu’on s’aime tous, que personne ne sente rejetés ».

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  2. Je crois que ton article sur le 13 novembre est le premier qui m'a fait autant plaisir ^_^. Certains m'ont fait tellement vomir. Beaucoup de blogueuses ont utilisé l'événement pour accroitre leur popularité (c'est vraiment mon ressenti, et mon sentiment de survivante du 13)
    Toi, non. Et tu dis exactement ce que je pense :)
    Alors merci pour ton article :) Et merci pour ta conscience des événements même quand tu n'y étais pas forcément dedans.

    Bonne continuation :)

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